OSINT réseau et infrastructure
Cette fiche couvre l'OSINT appliqué aux réseaux, domaines et infrastructures : cartographier la présence en ligne d'une organisation à partir de sources publiques. C'est l'angle le plus proche de ton profil R&T, et la phase de reconnaissance classique en cybersécurité. Tout ce qui suit est de la reconnaissance passive (sur sources publiques), à distinguer du scan actif qui exige une autorisation.
L'objectif : cartographier une empreinte numérique
Une organisation expose en ligne bien plus qu'elle ne le pense : un domaine, des sous-domaines, des serveurs, des adresses IP, des services, des technologies. L'OSINT d'infrastructure consiste à reconstituer cette carte à partir d'informations publiques, sans jamais toucher directement aux systèmes cibles. C'est ce que fait un attaquant avant d'attaquer — et donc ce qu'un défenseur doit savoir faire pour connaître sa propre surface d'exposition.
Les briques d'information : le domaine et son propriétaire (WHOIS), les enregistrements DNS, les sous-domaines, les certificats, les IP et services exposés (Shodan), les technologies utilisées.
WHOIS : les informations d'enregistrement d'un domaine
Le WHOIS est la base de données publique des enregistrements de noms de domaine. Interroger le WHOIS d'un domaine révèle : la date de création et d'expiration, le registrar (bureau d'enregistrement), les serveurs DNS, et parfois des informations sur le propriétaire (souvent masquées aujourd'hui par des services de protection de la vie privée et le RGPD).
whois exemple.fr
Cas d'usage : dater un domaine (un domaine très récent est suspect pour du phishing), identifier le registrar, ou repérer des domaines liés enregistrés par la même entité. Note : depuis le RGPD, les données personnelles des propriétaires sont largement masquées dans le WHOIS des domaines européens — mais les informations techniques restent visibles.
DNS : interroger les enregistrements
Le DNS (vu dans le cours réseau) traduit les noms en adresses et structure la présence d'un domaine. Interroger les enregistrements DNS d'un domaine révèle son infrastructure : serveurs web, serveurs mail, services.
dig exemple.fr A # adresse(s) IPv4
dig exemple.fr MX # serveurs de messagerie
dig exemple.fr NS # serveurs de noms
dig exemple.fr TXT # enregistrements texte (SPF, vérifications, parfois infos révélatrices)
Les enregistrements MX révèlent le fournisseur de messagerie (Google Workspace, Microsoft 365, serveur interne...), les TXT contiennent souvent des indices sur les services tiers utilisés, les A donnent les IP à explorer ensuite. C'est un point de départ riche pour cartographier une organisation.
L'énumération de sous-domaines
Une organisation a rarement un seul site : elle a des sous-domaines (mail.exemple.fr, vpn.exemple.fr, admin.exemple.fr, dev.exemple.fr...). Les énumérer révèle des services souvent moins protégés ou oubliés — c'est l'une des étapes les plus productives de la reconnaissance.
Les journaux de transparence des certificats (Certificate Transparency) — Une source excellente et purement passive. Chaque certificat TLS émis est enregistré dans des journaux publics. En les consultant, on découvre les sous-domaines pour lesquels des certificats ont été émis. Le site crt.sh permet cette recherche sans compte :
https://crt.sh/?q=%25.exemple.fr
Les outils d'énumération — Ils combinent plusieurs sources (dont Certificate Transparency, DNS, moteurs) :
- Amass — l'outil de référence, open source, très complet pour cartographier la surface d'attaque d'un domaine.
- theHarvester — (vu dans la fiche email) collecte aussi sous-domaines et hôtes.
amass enum -passive -d exemple.fr # énumération passive des sous-domaines
Le mode passif (-passive) n'interroge que des sources tierces publiques, sans envoyer de requêtes à la cible — c'est le mode sûr juridiquement.
Shodan : le moteur de recherche des objets connectés
Shodan (shodan.io) est surnommé « le moteur de recherche des hackers ». Au lieu d'indexer des pages web comme Google, il scanne en permanence internet et indexe les appareils et services connectés : serveurs, caméras, routeurs, systèmes industriels, bases de données exposées, etc. Pour chaque IP, il révèle les ports ouverts, les services et leurs versions, les bannières, parfois des vulnérabilités connues.
Cas d'usage : à partir d'une IP ou d'un domaine (trouvés aux étapes précédentes), Shodan montre ce qui est exposé publiquement sans avoir à scanner soi-même (donc passivement, puisque c'est Shodan qui a scanné). On peut chercher par IP, par organisation, par technologie, par pays.
# Exemples de requêtes Shodan (interface web)
org:"Nom Organisation"
hostname:exemple.fr
L'intérêt défensif est majeur : voir sa propre organisation dans Shodan, c'est découvrir ce qu'un attaquant voit — un service oublié, une caméra accessible, une base de données exposée, un logiciel obsolète. C'est un audit d'exposition sans rien scanner soi-même. Des alternatives existent : Censys, FOFA.
Identifier les technologies et cartographier les relations
Reconnaître les technologies d'un site — Des outils comme Wappalyzer (extension navigateur) ou BuiltWith identifient les technologies d'un site web (CMS, frameworks, serveurs, outils analytics). Utile pour comprendre la stack d'une cible et repérer des composants obsolètes.
Maltego — L'outil emblématique de cartographie de relations en OSINT. Il représente sous forme de graphe les liens entre entités (domaines, IP, emails, personnes, sous-domaines...) et automatise la collecte via des « transforms ». Sa version gratuite (Basic, ex-Community Edition) est limitée mais permet de découvrir la puissance de l'analyse par graphe. Idéal pour visualiser une infrastructure complexe et ses interconnexions.
SpiderFoot — Un framework d'automatisation open source qui orchestre des centaines de modules OSINT (DNS, WHOIS, fuites, sous-domaines, Shodan...) et agrège les résultats. Pratique pour une reconnaissance large et automatisée.
Le workflow type
Une reconnaissance d'infrastructure enchaîne logiquement ces outils, chaque résultat alimentant le suivant :
- WHOIS sur le domaine → registrar, dates, DNS.
- DNS (
dig) → IP, serveurs mail, services. - Énumération de sous-domaines (crt.sh, Amass) → surface élargie.
- Shodan sur les IP/domaines trouvés → services et ports exposés, versions.
- Identification des technologies (Wappalyzer) → stack et composants.
- Cartographie (Maltego, SpiderFoot) → visualiser l'ensemble et les relations.
À la fin, on a une carte de l'empreinte numérique de l'organisation, entièrement construite à partir de sources publiques.
Cas d'usage et éthique
- Défensif (le plus important pour toi) : cartographier sa propre organisation pour découvrir sa surface d'exposition et corriger ce qui traîne (services oubliés, versions vulnérables, sous-domaines de test exposés). C'est de la gestion d'attack surface.
- Cybersécurité offensive autorisée : la phase de reconnaissance d'un test d'intrusion, dans le cadre d'un mandat écrit.
- Threat intelligence : analyser l'infrastructure d'un attaquant (domaines de phishing, serveurs de commande).
Frontière cruciale à respecter : tout ce qui précède est passif (sources publiques, aucun paquet envoyé à la cible), donc généralement licite. Dès qu'on scanne activement une cible (nmap sur ses ports, tentatives de connexion), on entre dans l'action active qui exige une autorisation écrite — sans quoi c'est illégal. La limite entre reconnaissance passive et scan actif est la ligne à ne jamais franchir sans mandat.
Ce qu'il faut retenir
- L'OSINT d'infrastructure cartographie l'empreinte en ligne d'une organisation par sources publiques, sans toucher aux systèmes (reconnaissance passive).
- WHOIS (
whois) : registrar, dates, DNS d'un domaine (propriétaire souvent masqué par le RGPD). DNS (digA/MX/NS/TXT) : IP, messagerie, services. - Énumération de sous-domaines : crt.sh (Certificate Transparency, passif et gratuit) et Amass (
-passive) — étape très productive (services oubliés). - Shodan : moteur des appareils/services connectés ; révèle ports, services et versions exposés d'une IP sans scanner soi-même. Voir sa propre org dans Shodan = voir ce que voit un attaquant. Alternatives : Censys, FOFA.
- Technologies : Wappalyzer/BuiltWith (stack d'un site). Cartographie : Maltego (graphe de relations, version gratuite Basic), SpiderFoot (automatisation).
- Workflow : WHOIS → DNS → sous-domaines → Shodan → technologies → cartographie.
- Limite légale absolue : le passif (sources publiques) est licite ; le scan actif d'une cible exige une autorisation écrite.
📝 Tester ses connaissances
1. Pourquoi les journaux de Certificate Transparency (crt.sh) sont-ils une excellente source pour énumérer des sous-domaines ?
2. Que révèle Shodan sur une adresse IP, sans avoir besoin de la scanner soi-même ?
3. Quelle est la limite légale absolue entre reconnaissance OSINT et action illégale sur une infrastructure ?
4. Dans le workflow type de reconnaissance d'infrastructure, que vient-on typiquement faire APRÈS avoir énuméré les sous-domaines ?