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Alphabet, prononciation et accent tonique

L'espagnol est une langue à orthographe quasi phonétique : une lettre correspond presque toujours à un seul son, et la lecture à voix haute ne réserve guère de surprise. Trois choses seulement demandent un vrai apprentissage : les cinq voyelles pures (jamais nasalisées, jamais muettes), une poignée de consonnes propres à l'espagnol (ñ, ll, rr, j, c, z, h), et le système de l'accent tonique — qui, lui, est capital : término, termino et terminó sont trois mots différents.

Index

  1. L'alphabet espagnol
  2. Les voyelles
  3. Diphtongues et hiatus
  4. Les consonnes particulières
  5. Le b/v et les autres consonnes
  6. L'accent tonique : les trois règles
  7. L'accent écrit (tilde) : quand l'écrire
  8. L'accent diacritique
  9. Rythme, liaison et intonation

1. L'alphabet espagnol

L'alphabet compte 27 lettres : les 26 lettres latines plus le ñ. Les digrammes ch, ll et rr ne sont plus considérés comme des lettres à part depuis 2010, mais restent des unités sonores.

LettreNom espagnolLettreNom espagnol
aanene
bbeñeñe
cceoo
ddeppe
eeqcu
fefererre
ggesese
hhachette
iiuu
jjotavuve
kkawuve doble
lelexequis
memeyye (i griega)
zzeta

Savoir épeler est utile au téléphone : ¿Me lo puede deletrear?Vous pouvez me l'épeler ?

2. Les voyelles

L'espagnol n'a que cinq sons vocaliques, toujours identiques, jamais nasalisés, et jamais réduits même quand ils ne sont pas accentués.

VoyelleSonExemplePiège pour un francophone
a[a] ouvertcasa
e[e] fermé, entre é et èmesane jamais dire « eu »
i[i]vino
o[o] fermécomone jamais dire « eu »
u[u] = « ou » françaislunajamais le [y] de « lune »

Règles capitales :

  • Il n'y a pas de nasales en espagnol. pan se prononce « pann » (le n s'entend), bien = « biènn », con = « konn ». C'est l'erreur numéro un des francophones.
  • Aucune voyelle n'est muette. Le e final se prononce toujours : noche = « no-tché », grande = « gran-dé ».
  • u se lit toujours « ou » : universidad = « ou-ni-ver-si-dad ».
  • u est muet dans les groupes que, qui, gue, gui : queso = « késo », guitarra = « gui-tarra ».
  • Le tréma ü rend ce u audible dans güe, güi : vergüenza = « ver-gouén-tha », pingüino.

3. Diphtongues et hiatus

Les voyelles se divisent en fortes (a, e, o) et faibles (i, u).

CombinaisonRésultatExemples
forte + faiblediphtongue (une syllabe)aire, causa, peine, deuda
faible + fortediphtonguetierra, bueno, piano, cuatro
faible + faiblediphtongueciudad, cuidado, ruido
forte + fortehiatus (deux syllabes)ca-os, po-e-ta, le-er, te-a-tro
faible accentuée + fortehiatus (accent écrit obligatoire)dí-a, pa-ís, ra-íz, o-í-do

La distinction n'est pas cosmétique : elle détermine le découpage en syllabes, donc la place de l'accent tonique.

4. Les consonnes particulières

Lettre / groupePrononciationExemplesRemarque
ñ« gn » de agneauaño, España, mañanaañoano — attention !
ll« y » de yaourtllamar, calle, lluviayeísmo : ll et y confondus presque partout
y« y » ; seule ou en fin de mot = [i]yo, ayer, hoy, muy
rrr roulé longperro, carro, arribapero (mais) ≠ perro (chien)
r initial ou après l, n, sroulé aussiRoma, alrededor, Enrique
r entre voyellesbattement simplepero, cara, moreno
jrâclé, comme le ch allemand de Bachjamón, trabajo, mujerjamais « j » à la française
g + e, imême son que jgente, girar, colegio
g + a, o, u[g] durgato, gorra, agua
gu + e, i[g] dur, u muetguerra, guitarra
+ e, i[gw]vergüenza, pingüino
c + a, o, u[k]casa, color, cuna
c + e, i« th » anglais de think (Espagne) ; [s] en Am. latinecielo, cena, graciasc'est le ceceo / seseo
zmême son que c + e/izapato, corazón, tazaz + e/i est rare (zeta)
qu[k], u muetqueso, quince, aquíjamais « kou »
ch« tch » de tchèquemuchacho, noche, cochejamais « ch » français
htotalement muethola, hermano, ahorane se prononce jamais
x[ks] ; [s] avant consonneexamen, extrañoau Mexique, México = « Méjico »

5. Le b/v et les autres consonnes

LettrePrononciationExemples
b et vstrictement le même son [b] en début de mot ou après m/n, plus relâché entre voyellesvaca = baca ; beber, vivir
d final ou entre voyellestrès adouci, proche du « th » de thisMadrid, ciudad, nada
stoujours sourd, comme « ss »casa = « cassa », rosa = « rossa »
lclair, jamais vélarisésol, papel
m / ntoujours prononcés (pas de nasalisation)campo, cinco
p, t, knon aspirés, plus secs qu'en anglaispapa, tomate
fcomme en françaiscafé, fácil
wseulement dans les empruntswifi, web

À retenir : il n'existe pas de son [z] (français « rose »), pas de [ʃ] (français « chat »), pas de [ʒ] (français « je »), et pas de voyelle [y] (français « tu »).

6. L'accent tonique : les trois règles

Chaque mot espagnol de plus d'une syllabe possède une syllabe tonique, prononcée plus fort. Sa position obéit à trois règles, sans exception.

RègleConditionSyllabe toniqueExemples
1Mot terminé par une voyelle, -n ou -savant-dernière syllabeca-sa, jo-ven, li-bros, es-tu-dian-te
2Mot terminé par toute autre consonnedernière syllabeciu-dad, pa-pel, es-cri-bir, re-loj
3Le mot porte un accent écrit (tilde)là où est l'accent écrit-si-ca, ca-, in-glés, -cil

Vocabulaire des grammaires espagnoles :

TermeDéfinitionExemples
agudaaccent sur la dernière syllabeca-fé, re-loj, can-tar
llana / graveaccent sur l'avant-dernièreme-sa, ár-bol, jo-ven
esdrújulaaccent sur l'antépénultièmemú-si-ca, rá-pi-do, teléfono
sobresdrújulaavant l'antépénultièmedí-ga-me-lo, en-tré-ga-se-lo

Conséquence pratique : le pluriel ne déplace jamais l'accent, ce qui explique l'apparition ou la disparition du tilde.

  • joven (règle 1, pas de tilde) → jóvenes (esdrújula, tilde obligatoire)
  • inglés (aguda avec tilde) → ingleses (llana, tilde inutile)
  • examenexámenes ; cancióncanciones

7. L'accent écrit (tilde) : quand l'écrire

L'accent écrit espagnol est unique (toujours aigu : á, é, í, ó, ú) et il ne s'écrit que pour signaler une exception aux règles 1 et 2.

SituationRègleExemples
Mot agudo terminé par voyelle, -n ou -stilde obligatoireca-, ja-más, can-ción, a-quí
Mot llano terminé par une autre consonnetilde obligatoireár-bol, -piz, -cil, azú-car
Tout mot esdrújulo ou sobresdrújulotilde toujours-si-ca, ú-ni-co, -gi-na, di--me-lo
Hiatus i/u tonique + voyelle fortetilde obligatoiredí-a, pa-ís, ba-úl, re-í-mos, Ma-rí-a
Monosyllabespas de tildefue, vio, dio, fe, sal

Les mots écrits en majuscules gardent leur accent : ÁVILA, ÓPERA.

Trois formes du même verbe, trois accents, trois sens — l'exemple canonique :

FormeAccentuationSens
términoesdrújulale terme (nom)
terminollanaje termine
terminóagudail/elle termina

De même : hablo (je parle) / habló (il parla) ; público (public) / publico (je publie) / publicó (il publia).

8. L'accent diacritique

Certains monosyllabes prennent un accent écrit uniquement pour distinguer deux mots homophones (tilde diacrítica) :

Sans accentSensAvec accentSens
elle (article)éllui
tuton, tatu
mimon, mamoi (après préposition)
sisi (condition)oui ; soi
sepronom réfléchije sais ; sois (impératif)
dedequ'il donne (subjonctif)
tetele thé
masmais (littéraire)másplus
aunmême (= incluso)aúnencore (= todavía)
soloseulsolo/sóloseulement (accent facultatif depuis 2010)

Les interrogatifs et exclamatifs portent toujours un accent, y compris dans les questions indirectes :

  • ¿Qué quieres? / No sé qué quieres.Que veux-tu ? / Je ne sais pas ce que tu veux.
  • ¿Dónde vives? / Dime dónde vives.Où habites-tu ? / Dis-moi où tu habites.
  • ¿Cómo? ¿Cuándo? ¿Cuánto? ¿Quién? ¿Cuál?Comment ? Quand ? Combien ? Qui ? Lequel ?

À comparer avec les mêmes mots sans accent, qui sont alors relatifs ou conjonctions : La casa donde vivo (la maison où j'habite), que vendrás (je sais que tu viendras).

9. Rythme, liaison et intonation

  • Enchaînement : à l'oral, les mots se lient à l'intérieur d'un groupe. los amigos se prononce « lo-sa-mi-gos », el hombre « e-lom-bre », más o menos « má-so-me-nos ».
  • Voyelles identiques contiguës : elles fusionnent souvent. la academia → « la-ca-de-mia ».
  • Pas d'accent d'insistance à la française : en français, on accentue la dernière syllabe du groupe ; en espagnol, chaque mot garde son accent propre. C'est ce qui donne le rythme « martelé » de la langue.
  • Intonation de la question : la phrase interrogative monte en fin d'énoncé, comme en français ; l'espagnol la signale en plus à l'écrit par le ¿ d'ouverture. Idem pour l'exclamation avec ¡ … !
  • Débit : l'espagnol est une langue à syllabes de durée régulière (syllable-timed), là où le français allonge la dernière. D'où l'impression de rapidité — travailler la régularité vaut mieux que travailler la vitesse.
  • Conseil pratique : lire à voix haute en exagérant les cinq voyelles pures et en ne nasalisant jamais corrige à lui seul la majeure partie de l'accent français.